Saturday, September 6, 2008

Les Dessous de la Chanson des J.O. ou l'idiot encombrant de la com chinoise

Lorsque les Chinois se mirent en tete de faire des J.O. de Pekin les plus grands Jeux Olympiques de tous les temps, l’offensive de l’information prit une place preponderante dans la bataille pour les cњurs et les esprits, tant au plan national qu’а l’etranger. Avant et plus encore apres le passage desastreux de la flamme en Europe, les Chinois se devaient de montrer а leur audience que le monde les aimait en donnant des exemples convaincants.

En plein mois d’aout, alors que Laure Manaudou se ratait lamentablement au water cube et qu’un entraineur francais aidait son poulain chinois а terrasser un Frenchy pour une medaille d’or en escrime, le petit monde suintant des bloggeurs dedies а l’actualite chinoise etait tout occupe а publier cote а cote les images de deux Francais en Chine qui n’avaient rien а voir avec le sport. Le premier etait un petit blondinet de 6 ans tenant sa mascotte des J.O. devant le stade national de Pekin, le ‘nid d’oiseau’. L’autre, un grand gaillard autour de la quarantaine. L’un d’eux avait apparemment souffert dans les griffes de l’autre. Et surprise : c’est le petit garcon qui avait inflige tant de supplices au grand gaillard, car le petit chantait la chanson que lui, Philippe Richard, disait avoir ecrit pour les J.O. !

L’histoire ne presentait aucun interet pour les grands medias que Monsieur Richard contactait ostensiblement. La plupart des journalistes etaient favorables au petit garcon qui avait reussi en Chine. Meme le President Sarkozy le felicitait pour sa contribution aux Jeux Olympiques. Pourtant, la blogosphere, faisant comme а son habitude fi de l’ethique journalistique et frustree par le manque d’acces aux vraies news olympiques, se montrait plus receptive au « scandale aux J.O. », une expression dans laquelle M. Richard se complaisait en toute modestie. Les photos du garcon etaient republiees par plusieurs blogs sans aucun respect des droits ni autorisation des parents du mineur. Le loser bruyant et tapageur contre l’enfant qui ne pouvait pas se defendre, la haine de soi franзaise opter pour la pente facile du soutien au loser amer.

Rumeurs mises а part, les accusations n’etaient pas faciles а prouver. Une chanson dediee aux Jeux Olympiques est un produit а la duree de vie tres breve. La video du garcon avait ete diffusee sur des grandes chaines de television et de radio en Chine d’abord. M. Richard presentait sa chanson et son clip bien plus tard, alors que les J.O. avaient dejа debute. Aucun media chinois majeur ne l’a diffuse jusqu’а ce jour. A l’inverse, le clip video du garcon avait ete produit par la television centrale chinoise (CCTV). La dispute de deux Francais au sujet de la paternite de la chanson, cependant, est de peu d’interet, sauf а etre remise dans un contexte plus large.

En realite, le garcon avait ete remarque des 2007 alors qu’il apparaissait sur la couverture d’un magazine et dans plusieurs grands defiles de mode de Chine. Frimousse angelique, education musicale precoce, parfaite maitrise du chinois sans aucun accent, il etait un choix naturel pour chanter One World One Dream, slogan official des J.O. et ode а l’esprit olympique et devenir le visage amical de l’Occident accueillant les Jeux dans la joie. La musique et les paroles avaient ete ecrites par un compositeur chinois. Mais pour faire du produit une expression veritable d’amitie envers les pays occidentaux, le compositeur devait aussi avoir un nom occidental. Ce genre de pratiques ne surprennent plus les expatries vivant en Chine : les sites de Pekin, Shanghai ou Guangzhou publient regulierement des offres d’emploi consistant simplement pour le candidat а etre Europeen et а mettre un costume pour faire de la figuration а une quelconque conference ou negociation commerciale, tous frais payes. Philippe Richard avait ete l’instituteur du garcon en maternelle et avait visiblement enregistre avec lui plusieurs chansons qui n’avaient pas trouve leur public. Cela faisait plus de 18 ans que M. Richard faisait des pieds et des mains pour gagner argent et gloire en Chine en tant que musicien lorsque finalement une chance en or se presenta de percer dans les medias de masse. Il aurait alors accepte avec plaisir d’etre le prete-nom de service.

Tout se passait comme prevu selon le plan de depart jusqu’au dernier moment, lorsque comme souvent en Chine, l’ordre serait survenu d’ejecter M. Richard du projet. Pis, il etait en fait blackliste des grandes chaines de TV chinoises pour des raisons d’ordre plutot metaphysiques : invite а un gala televise, il ne semblait ni comprendre ni accepter de ne pas etre invite au gala suivant. S’en suivait un scandale aux portes des TV generalement conclu par les gros bras de la securite. Et puis la version de demonstration de la chanson produite par M. Richard n’etait apparemment pas convaincante. Les organisateurs penserent que le remplacement de son nom dans le video clip ne poserait pas de probleme. C’etait mal connaitre Philippe Richard, endurci par 18 ans de lutte pour etre reconnu. Malin, il aurait enregistre la chanson sous son nom des reception des paroles et de la partition du compositeur chinois. Il allait desormais se pretendre l’auteur legal de la chanson et prendre les Chinois otages а leur propre jeu. Philippe Richard se venge avec la chanson qu’il n’a pas ecrite. Ses coups de telephone menacant CCTV ne s’arretent pas passe minuit ni durant les week-ends. A tel point qu’une blague circule maintenant dans les couloirs de la television chinoise : incroyable, la chanson sur la blessure de Liu Xiang ecrite et enregistree par M. Richard des le mois d’avril 2008 !

L’incomprehension et la confusion grandissants, toutes les parties engagerent des avocats. Les Chinois se demandant pourquoi avoir essaye de faire quoi que ce soit avec les Francais, dont la precision de sniper pour se tirer une balle dans le pied s’avera une surprise totale. Le spectateur chinois moyen en revanche, n’en a que faire, plus preoccupe qu’il est du choix des chanteurs а la ceremonie d’ouverture ou du palmares des medailles.

Les victimes dans cette affaire sont nombreuses : la chanson d’abord qui n’etait pas si mal apres tout. Le compositeur Chinois qui, loyal jusqu’au bout а l’honneur de la patrie, se retient sans doute de faire avaler la partition а son plagiaire note par note. Internet, se revelant une fois de plus une source peu fiable d’information. Une opportunite manquee pour les Francais de se presenter au marche audiovisuel chinois et а ses 1.300.000.000 de consommateurs. Une tentative de mise en scene amoureuse entre la France et la Chine qui tourne а la haine endurcie.